C'est déjà le cinquième jour de ce temps gris blanchâtre ou blanc grisâtre, de cette lumière indécise, sans couleur et sans relief, de cette immobilité de l'air pesante comme un couvercle.
Ce matin, de surcroît, il y avait du brouillard, beaucoup de brouillard.
"Le brouillard a tout mis dans son sac de coton,
Le brouillard a tout pris autour de ma maison..."
Comme disait Maurice Carème, et ces mots-là, des générations d'écoliers les ont débités comme
dans une litanie un peu niaise, de ce ton caractéristique employé par les enfants pour les récitations scolaires...
Le brouillard brouille la vue...
La brume épaisse brouille les cartes...
L'avenir est brouillé,
trouble, incertain...
Plus rien n'est stable...
Et les fondations sur le sable mouvant s'enlisent peu à peu...
Les cartes sont brouillées,
comme le ciel,
et c'est sans doute pour cela que Bush a été réélu aussi confortablement,
que le pensionnat de Chavagnes fait recette à la télé,
et que l'on reparle de l'autorité comme d'un refuge mythique perdu...
Les idées se radicalisent
parce que le monde se dilue
parce que les cartes sont brouillées
parce que la route se perd dans le brouillard...
Au loin...
Si loin...
Dans la poussière du temps.