Pierre d'écriture

Chronique d'un écrivain ordinaire

26 mai 2005

Miniature silencieuse : la mienne...

Le silence, (le silence absolu s’entend) (marrant, non ?), le silence, donc, le vrai, celui qui signifie l’absence de tout bruit, n’existe pas…
En ce sens, Drizz avait bien raison ; il n’est que pour s’en convaincre de faire l’expérience suivante : où que vous soyez, immobilisez-vous et tendez l’oreille… Dedans ou dehors, en pleine campagne ou sur la place de la Concorde, en plein jour ou en pleine nuit, dans une mégapole ou à mille milles de toute terre habitée, partout, absolument partout, vous entendrez du bruit. Oh, peut-être infime, un froissement, un soupir, le son ténu d’un insecte, le frottement d’une branche agitée par un souffle de vent, presque rien mais quelque chose tout de même.

Cela étant acquis, lorsqu’on fait allusion au silence, c’est toujours un silence relatif.

Le silence, c’est l’absence de certains bruits, le retranchement de bruits ponctuels aux bruits environnementaux habituels…

Si l’on évoque  une absence de bruit envahissant, stressant, irritant,  dans ce cas c’est un silence que l’on apprécie, que l’on appelle de ses vœux pour mieux se concentrer sur un travail ou tout simplement pour se reposer, se relaxer, se détendre.
Les bruits ordinaires, ceux que l’on entend par exemple chaque nuit avant de s’endormir, on s’y est habitué depuis longtemps et ils ne nous gênent plus ( à moins bien sûr de vivre dans un environnement particulièrement bruyant…). Mais si, aux bruits habituels s’ajoute celui d’un feu d’artifice, même très lointain, notre attention sera mobilisée et nous tendrons l’oreille, malgré nous…
Tout enseignant sait bien qu’il est particulièrement stressant d’entendre les bavardages d’élèves agités qui obligent sans cesse à hausser le ton…
Le bruit est souvent source de stress et le silence est l’apaisement dans le sens où il représente l’absence de cette catégorie de bruit…

Et puis, il est d’autres silences, bien moins sympathiques ceux-là…
Ils correspondent à l’absence de bruits qu’on aimerait entendre : par exemple le son de la voix d’un être aimé, ou tout simplement le bruit de ses pas venant vers nous…
Les silences pesants qui s’installent entre deux personnes sont désagréables par le malaise qu’ils accentuent, toujours à cause de cette absence de bruit…
Car si trop de bruit est stressant, pas assez de bruit est souvent angoissant… Surtout pour certaines personnes qui ont peur de se retrouver face à elles-mêmes ou face à l’autre…
Quand Cabrel dit : c’est le silence qui se remarque le plus, les volets roulants tous descendus… », C’est carrément le silence oppressant qu’on imagine ici, parce qu’on est hors saison et que la station balnéaire est désertée… Et pourtant, elle est loin d’être silencieuse, car l’océan, tout près mugit, et le vent souffle et fait battre des volets mal accrochés…
Il est finalement du silence comme de tout, et comme de l’Homme surtout :

il en existe des bienfaiteurs et des malfaiteurs…

Nausicaa soulevait une idée particulièrement intéressante en parlant du silence des sages : cela renvoie d’ailleurs à cette citation par laquelle j’ai terminé ma note l’autre jour : l’homme met trois ans pour apprendre à parler et le reste de sa vie pour apprendre à se taire… C’était la sagesse traditionnelle : qui parle trop, qui parle à tort et à travers, finit par dire n’importe quoi ou par parler pour ne rien dire. La sagesse, c’était de bien peser ses mots…
Si j’ai employé l’imparfait, ce n’est pas du tout un hasard : c’est que l’époque que l’on vit a gentiment relégué la sagesse traditionnelle au rayon des vieilleries et autres ringardises. Dans notre société, il faut briller à tout prix et l’on use des mots comme des paillettes : légers, brillants, voletant par ci, par là, aussi éphémères que la poudre aux yeux, aussi mensongers que les sourires éclatants des top models sur les pubs en quadrichromie et en grand format qui peuplent nos murs et nos écrans…

Le silence aujourd’hui est davantage perçu comme une vacuité de l’esprit que comme un signe de  sagesse. Il est suspect, indice de timidité ou de faiblesse,  ou coupable, comme le signe de l’ignorance ou du peu d’esprit…
C’est une valeur qui n’a plus cours dans nos sociétés modernes…

Et que penser de ces concerts auxquels se rendent mes enfants où l’on distribue des bouchons d’oreille à l’entrée : écouter de la musique avec des bouchons d’oreille, n’est-ce pas le paradoxe qui résume le mieux notre société ?

Posté par Pierre Decriture à 23:19 - Mots à réfléchir - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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