05 mars 2007
Zone industrielle
C’est une zone industrielle où les avenues se croisent à angle droit, avec de maigres pelouses entre les vastes parkings. Dans un coin de la zone industrielle, il y a un parallélépipède de béton. Qui ressemble à des centaines d'autres presque identiques. Dans ce bâtiment à la couleur indéfinissable, des successions de bureaux, d’une désespérante rationalité et terriblement tristes. Il sourd de l’ensemble une profonde sensation de malaise, d’individualisme et de solitude, malgré que chaque bureau fût collectif et occupé par trois, quatre ou cinq employés. Seuls les cadres dirigeants ont droit à un bureau solitaire. Mais même dans les bureaux collectifs, l’impression d’isolement prévaut. Chacun a le regard rivé à son écran qui agit comme un paravent entre soi et le monde extérieur. Dès qu’on s’installe à son bureau, une fois que l’on a échangé les salutations d’usage et que l’on a allumé son ordinateur, on sent peser sur ses épaules cette chape de plomb, cet écrasement affectif. La journée devient un morne ruban vide et la plupart des contacts humains se font par mèl interposé. On est chaque fois repris par cette terrible sensation d’être totalement inutile, de ne servir à rien de précis. Quand on a terminé quelque chose, on ne sait jamais si ce que l’on a fait a contenté quelqu’un, si les « supérieurs » plus fantasmés que réels sont contents de votre boulot. C’est une lente dépersonnalisation où, au fil du temps, l’on se dépouille de son humanité. Peu à peu, on perd le sentiment d’exister. Lorsqu’on sort de là, le soir, on ne goûte même plus la liberté. On ne goûte plus rien comme si le néant nous avait peu à peu grignoté. On marche légèrement voûté comme si l’on ramenait un peu de ce poids-là chez nous, le soir, dans nos petites cases de privilégiés vivant dans l’un des pays les plus riches du monde. Et l’on est réellement fatigué d’être resté assis sur une chaise toute la journée dans cette terrible pesanteur. Et l’on va se coucher parce qu’il y a cette fatigue et parce qu’on n’a pas envie de grand-chose d’autre.
C’est dans un endroit comme ça que je travaille en ce moment.
Commentaires
J'ai passé 5 ans dans un tel endroit, et je me demande encore comment j'ai pu résister...
Je te souhaite de trouver très vite un échappatoire ou une réelle porte de sortie !
bah dis donc ...
C'est tout ce qui me vient, là, tout de suite ! Je ne peux m'empêcher d'imaginer la scène ... George Orwell s'en serait certainement régalé ...
C'est pire que ce film fantastique (à voir !!!!) : "Equilibrium" = une ode à la liberté de l'homme...
Oui cela ne fait pas envie !
Sauve-toi Pierre, sauve-toi.
K
C'est du Kafka ton texte.
l'absurdité de cetains moments de vie.
Heureusement l'imaginaire et le créatif sont là pour nous sauver. j'aime bien tes rubriques trafic d'images: bien trouvées, ça me donne des idées.
amicalmement...
JPierre
A vous
Alecska-> 5 ans ! En effet, je compatis ! Tu dois vraiment savoir de quoi je parle !
Martine-> Oui, tout à fait Orwellien !
Wictoria-> Je n'ai pas vu Equilibrium, c'est de qui ?
Fauvette-> Je fais tout pour !
A JPierre
Tu as raison : c'est par l'imaginaire que l'on s'en sort...
Jean-Pierre, l'évasion est dans ton imaginaire. L'essentiel est ailleurs, dans tes écrits, la poésie de tes mots.
Si tu tombes, comment vais-faire pour résister encore ? ;-)
Lucidité pour donner du sens... Est-ce que ça aide de pouvoir dire sa réalité?
A vous
Douja-> Tu vis toi aussi dans un semblable univers ?
Barbesse-> Oui, c'est certain que de pouvoir mettre en mots et dire sa réalité aide réellement. Mais ce n'est malheureusement pas suffisant pour combattre la nocivité d'un tel endroit. Il faut vraiment songer au départ...
Par moments, j'ai l'impression oui de vivre dans cet univers. Mais pas trop longtemps car avec des collègues, nous sommes en résistance ;-)
Résistance
C'est aussi, Douja, un bon moyen de combattre ce genre d'univers, d'entrer en résistance !
Voilà ce qu'on peut faire quand on se rebiffe et je le conseille à chacun qui peut avoir des ennuis avec ce gros connard de sarkozy ou sa clique de clowns de flics minables : je suis en train de régler un petit problème du genre détail avec cette grosse tache de si peu président de la république Française, en lui envoyant un avocat pour mises sous surveillance illégales, lynchage et plagiat. Avis à la population et merci pour l espace d'expression. Voilà, ceci est également une tentative de gros scandale public parce que ça calme pas mal les gros connards.
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