Pierre d'écriture

Chronique d'un écrivain ordinaire

30 mars 2007

Les chiens nous dresseront

Il y a des fois où l’on a d'heureuses surprises, de très heureuses surprises…

J’avais reçu une invitation valable pour deux personnes à une pièce de théâtre, pièce intitulée...

...« Les chiens nous dresseront »…

Sur l’invitation, il n’y avait rien d’autre que le titre de la pièce, le nom de la compagnie, du metteur en scène et bien sûr les divers détails factuels nécessaires pour s’y rendre.
J’ai proposé à différentes personnes de m’accompagner. Lorsqu’ils me demandaient de quoi il s’agissait, je répondais que je n’en savais rien. Et c’était vrai : de quoi la pièce pouvait bien traiter, je n’en avais pas la moindre idée. Et le titre était des plus énigmatiques…

Il s’est trouvé que personne ne pouvait m’accompagner. C’était hier soir : tout le monde était pris, rentrait trop tard ou que sais-je encore… J’ai bien failli ne pas y aller, surtout que j’étais déjà sorti la veille, que je n’avais pas beaucoup dormi, que j’avais eu une après-midi riche mais fatigante… Bref, toutes les bonnes raisons pour renoncer… Et puis, au dernier moment, vers 20h00 (la pièce commençait à 20h30 à une vingtaine de kilomètres de chez moi), je me suis décidé  à y aller seul malgré tout…
Je suis arrivé un peu en retard mais, par bonheur, la pièce n’était pas encore commencée. Et bonheur plus grand encore, j’ai trouvé une place au second rang, juste face à la scène, le genre de place idéale…

Mais je ne savais pas du tout encore ce que j’allais voir. Lorsque la pièce a débuté, lorsque les premiers acteurs sont entrés, je n’ai pas tout de suite compris. Je me perdais en conjectures… Un moment, j’ai cru que l’on allait traiter des chiens de garde et des voleurs, des voyous, à notre époque… Et puis, il y a eu une scène d’accouchement extraordinaire. J’ai compris alors que l’action se situait au moyen âge…

Chiens1

Et puis, à partir de là, tout s’est éclairé : l’enfant qui vint de naître, hideux, répudié par sa mère, c’est Bertrand Du Guesclin, celui qui des années plus tard sauvera le royaume de France. Tout s’enchaîne : la faiblesse du roi CharlesV, les complots, les batailles, les manœuvres des armées, les ruses… Quelle merveille ! Quel enchantement ! Seize acteurs sur scène, et pas un de plus, seize acteurs extraordinaires qui parviennent, par je ne sais par quel prodige, à nous faire croire qu’ils sont des milliers, et les épées et les écus s’entrechoquent devant nous comme si l’on se retrouvait plongé au cœur de l’action.

Chiens2

Les décors et les costumes sont très sobres mais splendides : c’est justement là qu’est toute la magie du théâtre… Il suffit de quelques tentures savamment disposées, d’une table en bois et de quelques rares accessoires pour tout suggérer. La mise en scène est une merveille d’inventivité et d’intuition. Les accompagnements musicaux sont subtils et délicats.
Mais ce n’est pas qu’une pièce d’action. C’est aussi une formidable réflexion sur la guerre : ainsi l’action est entrecoupée de lecture de textes de toutes époques sur la guerre et ces moments de respiration arrivent très intelligemment dans le déroulement de l’action.

Chiens3

La pièce se termine sur la mort de Du Guesclin, qui a refusé tous les honneurs et sur la fin du règne de Charles V qui, dégagé des soucis de la guerre, a pu se consacrer, comme il en rêvait, à l’enrichissement de l’esprit, notamment avec la création de la première librairie royale qui deviendra des siècles plus tard la Bibliothèque Nationale de France

Cette pièce fantastique se jouera pendant un mois à Paris au théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes) à partir du 21 avril. Allez-y, vous ne le regretterez pas !

Les chiens nous dresseront...

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28 mars 2007

Le poisson était sur le dos

Le poisson était sur le dos… Tous les matins, juste après le petit déjeuner que m’avait servi ma grand-mère, dès que j’avais avalé mon Banania, je courais au fond du jardin voir la baignoire, cette antique baignoire en fonte émaillée, qui servait à mes grands-parents de réserve d’eau pour arroser les courgettes ou les tomates.
Pendant les vacances scolaires, elle servait aussi à autre chose : c’était là que je mettais les poissons que je ramenais de la pêche. Tous les jours, je suppliais mon grand-père de m’emmener à la rivière et deux ou trois fois par semaine, il acceptait, préparait les lignes, les cannes, les paniers, et m’envoyait attraper des sauterelles dans la petite boîte en fer grillagée qu’on réservait à cet usage.  Ces parties de pêche, c’étaient les fêtes lumineuses de mes vacances cévenoles… On se faufilait entre les joncs, on faisait danser la sauterelle à la surface de l’eau dorée par le soleil d’été…
Ce matin-là, l’unique survivant de la dernière sortie était lui aussi sur le dos. Il n’était pas encore mort mais il ne s’en fallait pas de beaucoup … J’essayai de le remettre dans la bonne position et lui donnai une petite impulsion, un peu d’élan, pour qu’il retrouvât le goût de nager. Il me semblait que s’il repartait, il serait sauvé. Il y eut un mieux, en effet : il fit un tour de baignoire, presque vivement, et je sautai de joie. Mais, le tour à peine achevé, telle une feuille morte retournée par une brise légère, il se retrouva sur le dos.
Décidément, celui-là non plus je ne parviendrais pas à le sauver : j’aurais bien aimé comprendre pourquoi ils n’arrivaient jamais à vivre comme dans la rivière. Pourtant l’eau était fraîche, limpide, et je leur donnais régulièrement des petits morceaux de vers… Je décidai de le porter à ma grand-mère pour qu’elle le fasse cuire le midi. En chemin, je croisai mon grand-père qui ramassait des haricots.
« — Papi, s’il te plaît, on va à la pêche cet après-midi ? Oh, dis oui, Papi, dis oui, je t’en prie ! »

Texte écrit pour les "Impromptus littéraires"...

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22 mars 2007

Le clocher

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19 mars 2007

Les chaînes du passé

J’ai aux pieds les chaînes du passé
Et le boulet des habitudes…
La misère de l’ennui,
Une longue mélancolie
Et une terne grisaille
Dévorent peu à peu
Les couleurs de ma vie…
Chaque paysage nouveau
Se dilue jour après jour
Dans un quotidien insipide,
Et l’érosion de ma volonté
Se poursuit au fil des années…
Les autres me parlent de loin,
Et leur voix m’arrive assourdie :
Ils se ressemblent tous,
Silhouettes sans reliefs,
Miroirs aux alouettes,
Qui ne me trompent plus…
J’ai longtemps rêvé de pays neufs,
De terres nouvelles,
D’horizons sans limites,
Mais tous les voyages
M’ont conduit aux mêmes impasses,
Aux pied des mêmes murailles
Infranchissables…
Et chaque nouvel endroit
N’est que la morne réplique
Du précédent et de tous les autres.
Tous les chemins ramènent
A la même place,
Et toutes les rues se ressemblent :
Derrière les décors de théâtre,
Les mêmes coulisses sombres,
Le même vide désespérant…
J’ai aux pieds les chaînes du passé
Et le boulet des habitudes…

Texte écrit pour les Impromptus littéraires...

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13 mars 2007

Deux yeux verts...

Deux yeux verts me regardaient…

Chaque nuit je me réveillais en sursaut en hurlant…

Deux yeux verts me regardaient encore alors que j’essayais vainement de me rendormir.
Pendant des années, je n’ai plus osé dormir par crainte de retrouver face à moi cette paire d’yeux verts qui me fouillaient l’âme comme deux yeux de chat terrorisants et inquisiteurs.
Mais ce n’était pas un chat…
C’était une forme humaine assise sur le fauteuil du salon ou de la pièce qui en faisait office et qui jouxtait la cuisine…

J’étais dans la cuisine avec ma tante qui faisait cuire une omelette ou qui, au dessus du fourneau, remuait un ragoût dans une marmite. Et puis, elle me disait d’aller chercher quelque chose dans la pièce à côté.
Cette pièce était plongée dans l’obscurité. Lorsque je cherchais à tâtons l’interrupteur pour allumer la lumière, mon regard rencontrait ces deux yeux verts qui brillaient dans les ténèbres. Je hurlais en appelant ma tante qui accourait en se demandant ce qui se passait. Elle allumait et elle me disait :
— Mais qu’y a-t-il ? Pourquoi as-tu hurlé ainsi ?
Je regardais fixement ce fauteuil vide qui trônait presque au milieu de la pièce…
— Tata, il y avait quelqu’un assis dans le fauteuil…
— Mais enfin, Jean, ne dis pas de bêtises, tu vois bien qu’il n’y a personne…
Je n’insistais pas. Elle prenait ce dont elle avait besoin, éteignait la lumière et me prenait par la main pour me ramener dans la cuisine. Au bout d’un moment, n’y tenant plus, alors qu’elle était de nouveau absorbée dans ses tâches culinaires, je passais la tête dans l’encadrement de la porte de la cuisine pour jeter un œil vers le fauteuil de la pièce à côté.
Et là, immanquablement, je voyais à nouveau les deux yeux verts qui brillaient dans l’obscurité et qui me fixaient…

C’est à ce moment-là que je poussais le cri déchirant qui me réveillait en sursaut…

Texte écrit pour les Impromptus littéraires...

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10 mars 2007

Des images...

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08 mars 2007

La tentation de Sarah

Cette fois-ci, pour les Impromptus littéraires, j'ai eu beaucoup de mal...

La tentation de Sarah... J'ai bien cru que j'allais jeter l'éponge, renoncer cette semaine et attendre le thème de la semaine prochaine en espérant qu'il me parle un peu plus... Les images qui défilaient dans ma tête étaient confuses : pour les histoires bibliques, je n'ai jamais été très fort. Surtout, et à mon gran dam, d'ailleurs, Je n'ai jamais été capable de les retenir. Du coup, j'ai essayé d'imaginer une Sarah contemporaine, mais rien ne me venait. Par contre, des bribes d'une chanson de Moustaki que j'aimais bien chanter me revenaient en mémoire.

Ce matin, j'ai compris que c'était à cause de cette chanson que j'étais incapable d'imaginer quoi que ce soit d'autre. Parce que le fil à dévider était là : l'histoire devait se passer à Nazareth, en Galilée, et la scène devait être écrasée de soleil...

       Sarah regardait Joseph en train de raboter une planche d’olivier. Elle admirait ses mains si fortes et si précises, ses bras si puissants. Il ne savait pas qu’elle était là, derrière lui à l’observer, au seuil de l’atelier. Elle s’était approchée sans un souffle : elle aimait rester ainsi. S’il se retournait, elle prétexterait simplement qu’elle était envoyée par son père pour la commande d’un manche de pioche. Mais tellement à son ouvrage, il ne se retournait guère. Lorsqu’il reposait quelques instants le rabot pour caresser la planche, elle se plaisait à imaginer que ce n’étaient pas les veines du bois qu’il sentait sous sa paume brune mais son ventre, à elle, ses cuisses, sa gorge…
Pourquoi donc, Grand Dieu,  avait-il choisi Marie ?

Joseph...

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05 mars 2007

Zone industrielle

C’est une zone industrielle où les avenues se croisent à angle droit, avec de maigres pelouses entre les vastes parkings. Dans un coin de la zone industrielle, il y a un parallélépipède  de béton. Qui ressemble à des centaines d'autres presque identiques. Dans ce bâtiment à la couleur indéfinissable, des successions de bureaux, d’une désespérante rationalité et terriblement tristes. Il sourd de l’ensemble une profonde sensation de malaise, d’individualisme et de solitude, malgré que chaque bureau fût collectif et occupé par trois, quatre ou cinq employés. Seuls les cadres dirigeants ont droit à un bureau solitaire. Mais même dans les bureaux collectifs, l’impression d’isolement prévaut. Chacun a le regard rivé à son écran qui agit comme un paravent entre soi et le monde extérieur.  Dès qu’on s’installe à son bureau, une fois que l’on a échangé les salutations d’usage et que l’on a allumé son ordinateur, on sent peser sur ses épaules cette chape de plomb, cet écrasement affectif. La journée devient un morne ruban vide et la plupart des contacts humains se font par mèl interposé. On est chaque fois repris par cette terrible sensation d’être totalement inutile, de ne servir à rien de précis. Quand on a terminé quelque chose, on ne sait jamais si ce que l’on a fait a contenté quelqu’un, si les « supérieurs » plus fantasmés que réels sont contents de votre boulot. C’est une lente dépersonnalisation où, au fil du temps, l’on se dépouille de son humanité. Peu à peu, on perd le sentiment d’exister. Lorsqu’on sort de là, le soir, on ne goûte même plus la liberté. On ne goûte plus rien comme si le néant nous avait peu à peu grignoté. On marche légèrement voûté comme si l’on ramenait un peu de ce poids-là chez nous, le soir, dans nos petites cases de privilégiés vivant dans l’un des pays les plus riches du monde. Et l’on est réellement fatigué d’être resté assis sur une chaise toute la journée dans cette terrible pesanteur. Et l’on va se coucher parce qu’il y a cette fatigue et parce qu’on n’a pas envie de grand-chose d’autre.

C’est dans un endroit comme ça que je travaille en ce moment.

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