L’ombre de l’éléphant est gigantesque, pachydermique… Et elle a de la mémoire : une mémoire d’éléphant ! A tel point que, sur certaines plages, on a trouvé plus avantageux de troquer les parasols contre des éléphants…
      
      Le procédé a fonctionné assez bien jusqu’à ce qu’un pachyderme, pris de panique à la vue d’une souris des sables échappée du bikini d’une baigneuse, a piétiné des touristes allemands tranquillement en train de bronzer. Il faut dire que les éléphants ont très mauvaise réputation dans les magasins de porcelaine mais que, sur les plages bondées au mois d’août, ce n’est guère mieux. Lorsqu’un incident du même type se reproduisit avec une touriste bretonne, les médias s’emparèrent du phénomène de piétinement pachydermique et en parlèrent tant et tant qu’une véritable psychose s’installa dans la population. Une réunion de crise, au ministère de l’intérieur, tenta de prendre des mesures efficaces pour enrayer les écrasements de baigneurs. Soucieuse de montrer à l’opinion que le gouvernement ne prenait pas la chose à la légère, la ministre, Mme Allo-Barris multiplia les déclarations. Il fut question de faire passer aux plagistes un permis de détention de pachyderme. Mais comme la mesure coûtait cher, elle ne fut jamais vraiment mise en œuvre. On décida d’interdire tout bonnement les mastodontes sur les plages et de les laisser dans les zoos où des cellules de soutien psychologique furent mises en place. Du coup, les refuges SPA furent submergés par les abandons de pachydermes. Interrogée, Mme Allo-Barris, la Ministre de l’intérieur, indiqua que toute politique, toute décision, comporte des zones d’ombres…

Texte écrit pour les Impromptus littéraires...