hot_houseLe jour de Noël, un mort et une naissance dans les murs d’une institution. Le directeur, despote tatillon,  demande des comptes à l’un de ses subordonnés. La situation semble grave. Où est-on ? Dans une maison de repos, un asile psychiatrique ? C’est un univers carcéral qui reste indéterminé mais où l’angoisse suinte de chaque recoin, de chaque bureau. On y parle de patients qu’on désigne par des numéros…  le directeur  s’emporte, exige des détails, toujours plus de détails, une enquête approfondie…

Le pouvoir, l’institution… Tout tourne autour de ces deux concepts qui sont fantastiquement analysés : rapports de pouvoir entre les employés,  relation à l’autorité, au règlement, les manières  perverses d’un directeur mégalomane et paranoïaque, dans une institution déshumanisée, où malgré les carcans des règlements pointillistes, la machine se dérègle peu à peu, inexorablement.

Un univers carcéral qui glisse sournoisement vers la folie. Ce directeur, peut-être responsable du naufrage, mais sans doute pas autant que l’on pourrait le croire,  semble caricatural à première vue. Mais il ne l’est pas tant que cela : au fond, à bien y regarder, ses travers maniaques sont moins dus aux particularités d’un individu précis, mais bien plutôt une conséquence presque irrémédiable de cette forme de pouvoir incarnée dans un seul individu, quel qu’il soit : un glissement inévitable nous suggère Harold Pinter, glissement engendré par la nature même du pouvoir.

La violence de l’institution, la veulerie des soumis, les calculs des courtisans : c’est la métaphore du pouvoir tel qu’il existe encore malheureusement dans beaucoup d’entreprises ou d’administrations, même s’il se donne à voir différemment aujourd’hui, même s’il sait prendre des masques plus avenants, celui de la cordialité et de l’hypocrisie en particulier. La réalité du pouvoir, quand les masques tombent, c’est encore trop souvent ça, et c’est ce qui fait la force extraordinaire de la pièce d’Harold Pinter ; Même si cette pièce a été écrite en 1958, elle est intemporelle et toujours d’actualité. Elle est universelle, en laissant le flou sur l’univers concentrationnaire qu’elle dépeint : toute institution peut opérer ce glissement pervers et se dérégler peu à peu pour aboutir à l’horreur de la déshumanisation. La puissance extraordinaire de ce texte, c’est son pouvoir symbolique. Et il est magnifiquement servi par une remarquable interprétation.

Si l’on y ajoute une mise en scène impeccable, précise comme un coup de scalpel, des décors et une lumière particulièrement soignés, que dire de plus ? Hot house, par la compagnie Les Dramaticules, c’est un très grand moment. Merci au Nickel et à toute son équipe de nous avoir permis de le vivre.