01 mars 2008
Spectre de couleurs
Le spectre de couleurs
Dans la flaque irisée,
Toi, mon amour, qui pleure
Sur la flamme épuisée ;
Dans la nuit de la ville
Et ses enseignes bleues,
Les feux rouges défilent,
Trop loin des temps heureux ;
Sur ta joue, une larme,
Mille reflets d’argent,
Les mots comme des armes,
La tristesse des gens ;
Ce soir, il pleut un peu,
Les passants qu’on croise
Veulent rentrer chez eux ;
On dirait qu’ils nous toisent...
On voudrait se noyer
Dans ces rues dévoyées,
Aux spectres de couleurs
Des flaques irisées…
Texte écrit pour les Impromptus littéraires...
20 février 2008
Quand on est dans son bain
Suite à la disparition d'Henri Salvador et pour les Impromptus littéraires :
Ah ! C’qu’on est bien quand on est dans son bain !
On fait des grosses bulles, on joue au sous-marin,
Le problème, c’est qu’aujourd’hui,
Au bout de deux minutes et demi,
On se met à gamberger,
Sur toute cette eau gaspillée,
Cette précieuse eau potable
Dont, en dépit de toutes les fables,
L’humanité risque de manquer,
Ca, on le sait,
Même si, avec la couche d’ozone trouée,
On veut pas se l’avouer,
A plus ou moins brève échéance,
Les Tchernobyl en puissance,
Entre sacro-sainte croissance,
Et toute puissance,
Les sous marins nucléaires,
La mauvaise qualité de l’air,
Alors que la planète est en danger,
Avec nos comportements d’enfants gâtés,
Notre confort de privilégiés,
Et notre consommation vénérée…
Ah ! C’qu’on est bien quand on est dans son bain !
On fait des grosses bulles, on joue au sous-marin,
Ritournelle d’un autre temps,
D’un temps insouciant,
Où l’on n’éprouvait pas de malaise,
En chantant de belles fadaises,
Et en regardant s’agiter,
Sur l’écran de la télé,
En noir et blanc,
De jolies danseuses,
Et un pingouin en smoking blanc,
Soirées doucereuses,
Avant le dimanche et son tiercé,
Ou la bagnole à astiquer…
13 février 2008
Vaine tendresse
Quelle vaine tendresse,
Celle que tu m’adresses
Quand tu veux obtenir,
Ou quand tu veux punir.
Je voulais être un roi,
Juste et garant des lois,
Et toi, cruelle reine,
Qui ajoute à ma peine…
Trop souvent le bourreau
Revient sur l’échafaud…
Au gré de tes caprices,
Tu me mets au supplice.
Je suis ton serviteur,
Souverain de malheur,
Conscience écartelée,
Mendiant dans son palais…
Poème écrit pour les Impromptus littéraires...
30 janvier 2008
Il y a quelque chose de terrible en moi...
Il y a quelque chose de terrible en moi,
Cette peur cyclothymique de perdre pied,
L’image d’un pauvre vagabond qui se noie
Sans planche de salut et sans pouvoir crier…
Redoutables sables mouvants de la pensée,
Où mes idées s’enlisent sans trouver de prise,
Où je me vois, impuissant, toujours m’enfoncer,
Dans l’abjecte angoisse que ma conscience aiguise…
Pas une branche à laquelle se raccrocher,
Ni la parole d’un ami, ni un amour,
Rien, désespérément rien qui puisse ébrécher
L’inexorable descente jour après jour…
D’abord la tristesse, puis la mélancolie,
Et arrivent toujours les corbeaux de l’angoisse,
Qui me fouillent de leur bec jusque dans mon lit,
Tandis que mon esprit tous les malheurs ressasse…
Poème écrit pour les Impromptus littéraires...
16 janvier 2008
Abécédaire
Abécédaire de la volupté,
Bréviaire de l’érotisme,
Caresses enfiévrées,
Dentelles déchirées,
Enveloppe charnelle,
Femme sensuelle,
Grâce et beauté,
Humilité et vanité,
Iris de ton désir,
Jalousie de ton plaisir,
Kiwi écrasé sur ta peau,
Lendemain incertain d’une nuit d’amour,
Main sur ton sexe,
Navire à la dérive,
Ogresse et esclave,
Poupée soyeuse et caressante,
Q, surtout le tien,
Retard ce matin,
Soir qui dure infiniment,
Toit de notre Amour si difficile à quitter,
Univers protégé,
Volonté diluée,
Wagons décrochés,
Xénon dans la tête,
Yeux dans le vague,
Zone érogène pour toujours…
Texte écrit pour les Impromptus littéraires...
09 janvier 2008
Quelqu'un qui sait ça ?
Pourquoi l’amour finit-il souvent si tragiquement ?
Pourquoi les gens qui prétendent s’aimer se font-ils du mal ?
Pourquoi les gens qui affirment se soucier de vous,
Qui se targuent de vous prêter une oreille attentive,
La plupart du temps vous manipulent et vous méprisent ?
Pourquoi les gens disent-ils de plus en plus souvent le contraire de ce qu’ils pensent ?
Pourquoi l’école abêtit-elle les élèves ?
Pourquoi la médecine rend-elle malade ?
Pourquoi l’Eglise rend-elle intolérant ?
Pourquoi les fêtes deviennent-elles tristes ?
Pourquoi n’ose-t-on plus faire confiance à personne ?
Pourquoi tant de jeunes préfèrent-ils être haïs plutôt qu’aimés ?
Pourquoi tant d’adultes mentent-ils en disant aux enfants qu’il est vilain de mentir ?
Pourquoi tant de gens se mentent-ils ?
Pourquoi la révolution n’a-t-elle jamais rendu les hommes libres et égaux ?
Pourquoi est-il si facile de crever dans nos cités regorgeant de richesses ?
Pourquoi les religions ont-elles si souvent incité à la haine,
Dans le même temps qu’elles prêchaient l’amour et le partage ?
Pourquoi toutes les utopies sont-elles mortes ?
Pourquoi les goulags ?
Il doit bien y avoir quelqu’un quelque part qui sait ça…
Texte écrit pour les Impromptus littéraires...
17 décembre 2007
Le lutin de l’alexandrin
Mais où est-il donc passé ce sacré lutin ?
Lui qui nous rendait désirable le latin,
Qui nous faisait fantasmer sur l’alexandrin,
Bercés par les cours ennuyeux des mandarins…
Même un peu distraits par le tourbillon des feuilles
Dans la cour, ou sur le tilleul, un écureuil !
Vite, on raccrochait à la parole sacrée…
Dans les mots et le savoir, on s’était ancré…
Comme par un coup de sa baguette magique,
Il nous donnait l’envie de suivre leur logique,
De pénétrer dans leur monde, leur univers,
Lire, écrire et dire quelques uns de leurs vers…
Tous ces vers qui nous parlaient de l’humanité,
D’errance, de nostalgie et de liberté,
Engagés sur le chemin de la connaissance,
Les profs nous avaient offert une autre naissance…
Le lutin de nos jours a quitté le lycée,
Son charme secret a délaissé la pensée…
Aujourd’hui, Les profs sont ni pires ni meilleurs,
C’est juste que ce sacré lutin est ailleurs…
Texte écrit pour les Impromptus littéraires...
05 décembre 2007
Divagations
Autrefois le lézard grincheux
Invita le caméléon débile,
D’une façon fort civile,
A des reliefs fâcheux...
Dans un igloo sous la neige,
Le couvert de faïence beige,
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis
L’une des farces favorites
Du caméléon débile :
Passer et repasser
Sur du tissus écossais…
Ah le régal fut farce !
Du poulpe de mars,
De la seiche garcette,
Pleine de gouttes d’encre violette…
Mais quelqu’un troubla la fête,
Pendant qu’ils étaient en train,
Le lézard tomba sur la tête,
Le caméléon détala à fond de train…
De retour dans l’igloo,
Avec le caméléon fou,
Le lézard s’exclama :
Achevons notre rata !
Dès lors, dans l’igloo désormais,
L’ambiance était plombée...
Le caméléon déclara :
Demain vous viendrez chez moi !
Sans doute trouvez-vous
Que je suis un peu fou...
Mais chez moi pas de danger
D’être ainsi dérangé !
Sur une idée de ce bon vieux La Fontaine (Le rat des villes et le rat des champs), avec quelques digressions inspirées par la Rubrique A Brac de Gotlib, et des figures imposées par les Impromptus littéraires…
21 novembre 2007
Porte ouverte ou fermée ?
Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée,
Dit-on…
Et ton œil ?
Est-il ouvert ou fermé ?
Et ton poing ?
Est-il ouvert ou fermé ?
Et ton esprit ?
Et ton cœur ?
Est-il ouvert ou fermé ?
Ouvre-toi !
Ne ferme pas ta porte aux autres !
Ouvre l’œil,
Ouvre ton poing,
Ton esprit et ton cœur !
Ne laisse pas les autres à la porte !
Fais-les entrer en toi…
Qu'as-tu à perdre ?
Texte écrit pour les Impromptus littéraires...
18 octobre 2007
Le faiseur de beaux discours
Le faiseur de beaux discours
Ne se préoccupe pas de vérité,
Ni de réalité,
Il n’aime que la forme,
Les apparences,
Les faux semblants,
Le vernis,
Les paillettes,
Les sunlights,
Tout ce qui luit,
Tout ce qui brille,
Tout ce qui scintille…
En réunion,
Il parle en trois points,
Monopolise la parole,
Fait son numéro de beau parleur bien dressé
Gestes amples et regards appuyés ;
La cravate ajustée, il s’écoute parler…
Sa spécialité ?
Parler pour ne rien dire…
Son credo ?
Les mots creux,
Les coquilles vides…
Dans l’entreprise qui monte,
C’est toujours lui qui rafle
Les postes bien payés,
Les places enviées,
Les nouveaux marchés…
C’est un leader,
Un gagneur,
Il manipule,
Manigance,
Piétine ses égaux
Elabore les nouvelles stratégies,
Pilote les projets,
Définit les objectifs
De l’entreprise qui gagne,
Celle qui emporte les marchés,
Celle qui bat des records d’audience,
Celle qui achète à prix d’or
Les espaces publicitaires les plus chers…
Jamais personne ne sait ce qu’il a dit
Lorsqu’il a enfin terminé son discours…
Mais peu importe ce qu’il a dit :
Tout ce qui compte, c’est qu’il ait l’air sûr de lui,
Le faiseur de beaux discours…
Texte écrit pour les Impromptus littéraires...










