Pierre d'écriture

Chronique d'un écrivain ordinaire

25 février 2008

Un monde où tout le monde il est beau…

Dans les commentaires récents, j’ai eu cette phrase qui m’a sacrément interpellé :

Si je dois choisir entre un monde où tout le monde est beau, tout le monde est gentil et un monde où tout le monde est laid et méchant, je prends le premier, sans hésiter.

Il faut replacer un peu dans le contexte pour comprendre. Dans mon billet « concert de louanges », je déplorais ce côté souvent observable des blogs qui consiste à se joindre aux concerts de louanges sur les personnalités encensées par les médias dominants et surtout à coller à un conformisme ambiant très prégnant. Les blogs, c’est vrai, c’est un peu l’univers du tout à l’ego, et chacun veut y offrir une image très positive de lui. C’est normal et c’est humain. Je maintiens que le conformisme ambiant, c’est tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

Bien entendu, moi aussi, si j’avais à choisir, je choisirais le monde où tout le monde il est beau et gentil. Et je crois que tout le monde ferait pareil, c’est évident. Personne, entre le bonheur et le malheur, ne choisirait le malheur !

N’empêche que je n’ai pas à choisir, et c’est peut-être heureux, d’ailleurs… Parce qu’il y a fort à parier qu’un monde où tout le monde serait beau et gentil serait un monde totalitaire (Relire le meilleur des mondes par exemple) ; mais cela, c’est un autre débat.

Pour se convaincre que le monde dans lequel on vit est loin d’être un monde peint en rose, il suffit de lire les journaux, d’écouter la radio, de regarder un journal télévisé.

Est-ce que l’humanité qu’on voit impliquée dans les pires meurtres, dans les pires actions, dans la dénégation constante de la liberté des autres, est une humanité différente de celle qui s’exprime dans les blogs, où tout le monde affiche de beaux et bons sentiments ? Je ne le crois pas : il y a une seule humanité et dans chaque homme, le meilleur et le pire se côtoient. Le problème, c’est que les gens affichent toujours des intentions magnifiques. Alors, les vrais problèmes ne peuvent plus se discuter. Et je suis toujours frappé du décalage entre l’image que l’on a de quelqu’un que l’on connaît superficiellement et celle que l’on découvre lorsque l’on vit seulement quelques jours avec lui, au quotidien.

Les gens veulent toujours donner une image idéale d’eux, une image qui n’est pas eux, et, lorsqu’on les côtoie dans l’intimité, on a l’impression que malheureusement, beaucoup ne gagnent pas à être connus. Et peut-être, s’il y avait moins de « prêt à penser » ambiant, si les gens osaient plus dire ce qu’ils croient vraiment et non ce qu’il faut croire, alors on aurait moins de déconvenues ensuite.

Et puis, il faut reconnaître que ce qu’on aime dans les histoires, c’est quand il y a du drame, du sang, de la jalousie, des rivalités…
Que serait l’histoire de Roméo et Juliette si Roméo avait aimé Juliette, si leurs parents avaient été d’accord pour les unir, si les deux familles s’étaient aimées, dans la plus parfaite harmonie, s’ils avaient eu beaucoup d’enfants et si leur vie avait été un long fleuve tranquille ? Est-ce qu’il y aurait eu une histoire ? Aurait-elle eu la moindre chance d’intéresser quelqu’un ?

En revanche, si le drame de Shakespeare fait partie des grands mythes de l’humanité, c’est parce que Roméo et Juliette étaient issus de familles ennemies, parce que Roméo a tué le frère de Juliette, parce qu’il a été banni, parce que pour tenter de préserver leur amour contre tous, Juliette a simulé la mort… Mais Roméo croyant qu’elle était morte se suicida et Juliette, comprenant l’horrible méprise, se suicida à son tour.

Tout ça pour dire qu’on ne peut pas toujours jouer à l’autruche. Regardons autour de nous comment marche vraiment le monde.

Et si un proverbe résumait bien tout cela, ce pourrait être : il ne faut pas se fier aux apparences

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12 décembre 2007

Ma lettre au Père Noël

Très cher Père Noël,

      Mon cher père Noël, j’ai longtemps cru en toi, très longtemps. Pas loin de cinquante ans… Et ce n’est peut-être même pas fini… Eh oui, si longtemps ! Attends, je m’explique… Je ne suis pas si naïf tout de même. Enfin, si, quand même, un peu : reprenons depuis le début. Tout gamin, comme les autres, je mettais mes chaussons sous le sapin scintillant et je dormais mal, cette fameuse nuit où tu devais m’apporter des joujoux par milliers… Et puis, un jour, à l’école, j’ai compris que c’étaient les parents qui mettaient les jouets. Logique, au fond : comment avais-je pu me laisser embarquer dans de telles sornettes ? Mais, le plus terrible, c’est que je n’en tirai pas la moindre leçon pour plus tard. Au catéchisme, à l’école, on me raconta des tas de belles histoires où se vérifiait toujours le proverbe « bien mal acquis ne profite jamais », où les menteurs étaient toujours punis et où l’honnêteté, la probité et la sincérité étaient toujours récompensées. J’y ai cru dur comme fer à ce monde de justice, j’y ai cru dur comme fer que les derniers seraient les premiers. J’y ai cru longtemps, très longtemps, sans me rendre compte que, sur la terre, en fait, ça ne marchait jamais comme cela, que les riches et les puissants mentaient régulièrement, sans jamais s’attirer les foudres divines, sans jamais avoir le moindre ennui, au contraire… Bien au contraire… Que la morale, on la réservait pour les enfants et pour les pauvres… Mais que dans les hautes sphères, dans les milieux de pouvoir, tout n’était que cynisme, calcul et dissimulation. Seul l’argent comptait. Logique, au fond… Là encore, j’aurais dû m’en douter. J’avais beau lire les journaux, je ne me rendais compte de rien. Mais c’était comme pour toi, vieil homme en rouge et blanc : j’avais envie d’y croire, parce que c’était beau. C’était une si belle idée… Un jour, j’ai rencontré l’amour, et j’y ai cru. J’ai cru à l’amour éternel, aux vibrants serments, aux amants de Vérone, aux baisers passionnés. J’y ai cru, longtemps, très longtemps. Et puis, un jour, je me suis rendu compte que ce que j’avais pris pour le grand amour n’était plus qu’une relation humaine d’une triste banalité au fond, avec son contingent de conflits de pouvoirs, de jalousie, de mesquinerie… Logique, en définitive… Comment avais-je pu croire en de telles fariboles ? Je voyais les couples se défaire, se déchirer autour de nous, mais je croyais dur comme fer qu’on était différents. Et pourquoi, Grand Dieu, aurions-nous été différents ? Pour quelle raison les choses ne se passeraient pas pour nous comme elles se passent en général sur la terre ? Pour quelle raison notre misérable vie aurait-elle la moindre chance d’être différente de celles des milliards d’êtres humains qui peuplent cette planète ? Parce que, là haut, au coin d’un petit nuage,  il y aurait un Dieu qui veillerait sur nous ? Sur nous, plutôt que sur les milliards d’autres ? Oui, mais, si je n’y crois pas un peu, un tout petit peu, au fond de moi, même sans vouloir l’avouer, si je n’y crois plus du tout à cette sorte d’élection, à cette sorte de privilège, de lumière sur mon chemin, est-ce que je puis continuer à vivre ? Tu vois, Père Noël, même moi, après tout ça, même moi, qui pensais être lucide, je n’ai pas encore fini de croire en toi… Tant que je serai vivant, il faudra bien, bon an, mal an, que je croie quand même un petit peu au Père Noël… Décidément, tu as encore de beaux jours devant toi…

Texte écrit pour les Impromptus littéraires...

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10 octobre 2006

Pessimiste ?

Je suis beaucoup moins pessimiste en ce moment que mes textes pourraient le laisser croire… C’est vrai qu’il y a beaucoup de choses dans ma vie qui sont difficiles à supporter et ce n'est pas forcément une période très folichonne, mais, heureusement, il y a aussi des contreparties extraordinairement agréables et qui n’en prennent que plus de relief.
Notamment les week-ends dans la yourte dont je reviens chaque fois régénéré…

yourte_octobre

Non, j’ai toujours de l’espoir en l’homme, l’homme avec un grand H, même si je suis particulièrement souvent confronté en ce moment à l’hypocrisie, aux viles manœuvres et aux bassesses de toutes sortes. Il me suffit d’un sourire pour éclairer la journée…

J’ai toujours de l’espoir en la vie même si je suis de plus en plus pessimiste sur le fonctionnement de la société actuelle et sur tout ce qui est en gestation… J’ose encore espérer qu’on aura un sursaut même si, parfois, je l’avoue, je n’y crois plus guère.

Non, mon espoir n’est pas mort, je vous l’affirme : si mes textes peuvent parfois être désespérés, c’est qu’ils sont le reflet du monde qui nous entoure et qu’ils émanent au fond d’un optimiste invétéré pourtant conscient du tragique de l’existence ou d’un pessimiste par lucidité doublé d’un clown, parfois un peu triste, c’est vrai, mais qui préfère largement en rire ! Je ne suis ni l’un ni l’autre mais plutôt les deux à la fois !

Et j’ai envie de vivre ! Et j’ai envie d’écrire !

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17 mai 2006

Qu'est ce qui nous rend heureux ?

Sciences Humaines est décidément une revue très intéressante et qui donne à réfléchir...

Dans le numéro de ce mois-ci, un dossier intitulé "Les émotions donnent-elles sens à la vie ?" pose des questions absolument passionnantes :

  • Qu'est-ce qui nous rend heureux ?
  • Peut-on gérer ses émotions ?
  • Ruminations mentales et tourments intérieurs : comment y faire face ?
  • Notre pensée a-t-elle besoin d'émotions pour être efficace ?
  • Qu'est-ce qu'une émotion ?
  • D'où viennent les émotions ?
  • Quelle différence y a-t-il entre un sentiment et une émotion ?
  • Qu'est-ce qui nous fait peur ?
  • L'émotion est-elle contraire à la raison ?

C'est une coïncidence pure, mais c'est tout à fait dans la lignée de mon billet précédent. A ma façon, je répondais à la première question...

Et dans le site associé, Pierre philosophale, j'évoque le numéro à venir, celui de juin, et le douloureux problème de la reconnaissance que, autre coïncidence, j'avais également traité dans mon avant dernière participation à Coïtus Impromptus... Bizarre, bizarre, toutes ces coïncidences...

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24 février 2006

La grâce dans l'effort

Le thème de la semaine chez Coïtus impromptus, c'est :  La grâce dans l’effort…  Amené par les J.O. de Torino et le courage de Carole Montillet, la victoire de la volonté sur la souffrance…

Tout d’abord, ce thème m’a très peu inspiré. Je n’ai rien vu des J.O. et je ne regarde plus depuis longtemps le sport à la télé. Bien entendu, j’ai essayé de penser à d’autres types d’efforts que l’effort sportif. Mais, là encore, le vide, le néant… J'ai bien failli bouder le thème.

Et puis, je me suis mis à réfléchir sur la raison pour laquelle tout cela éveillait si peu d’images en moi. La notion de grâce était assez confuse dans ma tête et j'ai regardé dans un dictionnaire pour tenter de mieux la cerner. Et là, les idées ont commencé à affluer... Et, comme d’habitude finalement, c’est sur les thèmes qui m’inspirent le moins de prime abord que je me retrouve avec une incroyable somme de choses à dire ! En y réfléchissant plus avant et surtout en revenant aux définitions des deux mots principaux de la proposition, j’ai mieux compris ce qui me gênait : en fait, il existe une véritable antinomie entre les deux acceptions.

      Le mot grâce occupe un grand espace sur le dictionnaire parce qu’il renvoie à une multiplicité de sens et d’expressions d’une extraordinaire richesse :

Evacuons rapidement tous les sens du type :

Faire quelque chose de mauvaise grâce,
C’est trop de grâce que vous me faites,
Être en grâce auprès de quelqu’un,
Rendre grâce à Dieu,
Dire ses grâces,
Faire une action de grâce,
Demander grâce,
Trouver grâce auprès de quelqu’un,
S’arranger pour bénéficier des bonnes grâces de Mr Untel,
Être le Roy de France par la grâce de Dieu,
Se pourvoir en grâce,
Écrire une lettre de grâces,
Crier grâce,
De grâce, arrêtez cette insupportable énumération !

      Evacuons donc tout cela pour nous concentrer sur le sens qui semble le plus approprié dans ce contexte : ce charme secret, un peu mystérieux, qui invite à regarder une personne ou une chose, qui attire, qui remplit l’âme d’un doux sentiment…
Ainsi, on peut marcher, danser, bouger avec grâce. La notion de grâce est très ancienne et renvoie à la mythologie et à la métaphysique : les trois grâces, dans l’antiquité, étaient trois déesses aimables, dansant avec élégance, charme, avec des mouvements suaves et légers, attirantes autant par leurs gestes que par leurs paroles douces et insinuantes. Tous ceux qui les voyaient étaient charmés et captivés et elles répandaient autour d’elles un sentiment ineffable de bien être et de plaisir.

Plus tard, la grâce divine a été personnifiée par les peintres d’églises en une belle femme aux cheveux blonds tressés, rayonnante de lumière. Il y a une colombe sur sa tête, symbole de la douceur. Dans une main elle tient une corne d’abondance et dans l’autre un rameau d’olivier, qui figure la paix intérieure.

Ainsi, l’on voit bien que la grâce est belle, attirante, légère, douce, donnée pour telle, spontanée,  sans effort apparent, presque  ou même carrément magique… La grâce serait donc capable de provoquer une attraction sans effort, par un mécanisme subtil et secret, comme par magie.

      L’effort, c’est tout le contraire : c’est une mécanique qui se met péniblement en branle, c’est une contraction musculaire pour résister à une puissance extérieure ou pour la vaincre. Autant la grâce est dans le champ de l’illusion, autant l’effort est dans celui du réel, de la fatigue, de la sueur. L’effort, c’est soulever cette pierre qui est peut-être trop lourde pour un seul homme. S’il n’y parvient pas dans un premier temps, il devra redoubler d’efforts. S’il n’y parvient toujours pas, il devra se faire aider par un animal, un autre homme ou une machine, et peut-être user de coercition ou de violence si l’aide n’est pas spontanée…
L’homme peut se consumer en efforts, il peut se perdre en vains efforts comme le pauvre Sisyphe qui roule son rocher jusqu’à la cime de la montagne et qui doit ensuite tout recommencer parce que le rocher a dévalé la pente sur l’autre versant…
Et ici, on revient à l’introduction : Carole Montillet, son formidable effort pour dépasser sa souffrance. L’effort est tout de même largement associé à la souffrance, à la violence. C’est tout à fait dans la mentalité judéo-chrétienne de notre société : la rédemption par la souffrance, car il est indéniable que dans cette vision de l’effort, il y a une notion associée de souffrance. Pas d’effort sans souffrance, mais aussi promesse d’une vie future meilleure par la souffrance présente. Qu’on le veuille ou non, nos schémas mentaux sont profondément marqués par cette conception plus ou moins consciente… D’ailleurs, ne dit-on pas sans cesse à nos enfants : « Fais des efforts à l’école, plus tard, tu auras une bonne place dans la vie… »
C’est un peu comme
« Fais des efforts sur cette terre qui est une vallée de larmes, tu seras ensuite éternellement heureux au paradis ! »

Dans un poème intitulé « L’effort humain », Jacques Prévert dit :

« …L’effort humain porte un bandage herniaire
Et les cicatrices des combats
Livrés par la classe ouvrière
Contre un monde absurde et sans lois
L’effort humain n’a pas de vraie maison
Il sent l’odeur de son travail
Et il est touché aux poumons
Son salaire est maigre
Ses enfants aussi
Il travaille comme un nègre
Et le nègre travaille comme lui
L’effort humain n’a pas de savoir-vivre
L’effort humain n’a pas l’âge de raison
L’effort humain a l’âge des casernes
L’âge des bagnes et des prisons
L’âge des églises et des usines
L’âge des canons… »

Et il aurait très bien pu écrire, c’est tout à fait dans l’esprit du texte :

L’effort n’a pas de grâce, et si l’on te fait croire que tu y trouveras la grâce, c’est pour mieux te faire accepter ta souffrance…

Quelques citations :

« Tout effort est un crime, parce que toute action est un rêve paralysé. » (Fernando Pessoa, écrivain portugais, 1888-1935)
«  L’amour, c’est l’effort que l’homme fait pour se contenter d’une seule femme. » (Paul Géraldy, poète français, 1885-1983)
« Qui n’est jamais tombé n’a pas une juste idée de l’effort à faire pour se tenir debout. » (Multatuli, écrivain anarchiste hollandais, 1820-1887)
« Quelque effort qu’on y mette, il est difficile de résister à soi-même » (Jean O’Neil, écrivain québécois, né en 1936)

Néanmoins, pour que vous ne vous imaginiez pas que je suis hostile à tout effort, je terminerai par deux citations, la première de Louis Nucéra, la seconde de Gandhi :

« L’effort librement consenti rend libre »
« C’est dans l’effort que l’on trouve la satisfaction et non dans la réussite »

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22 février 2006

Intelligence collective

Le monde ne tourne plus rond…

C’est un monde où l’école abêtit, la justice crée l’injustice, l’économie appauvrit…

On sent bien que quelque chose se prépare dans cette ambiance de fin d’époque, un peu comme dans les dernières années de l’ancien régime, quelques années avant 1789, quelques années avant la révolution.

On voit bien que les vieilles recettes ne marchent plus, que les beaux concepts d’antan renferment surtout aujourd’hui des formules creuses. Désespérément creuses : un peu comme de belles coquilles, mais vides.

C’est le sens qui a déserté notre époque. Pour être remplacé par des procédés, des processus, des procédures. C'est la forme qui a supplanté le fond. On ne fait plus que piloter le dérisoire...

On ne sait pas trop pourquoi d'ailleurs ce qui marchait avant ne marche plus : c’est peut-être tout simplement que le monde d’avant acceptait mieux la verticalité que nous.

Les pyramides hiérarchiques fonctionnaient dans cette verticalité descendante : on s’interrogeait peut-être moins sur la compétence ou la légitimité des cerveaux censés faire tourner le monde, à tous les étages de la pyramide. Aujourd’hui, on ne voit plus que stupidité et absurdité à la tête des organisations, ou à chacun des échelons hiérarchiques. Et l’état de guerre latent entre décideurs et acteurs ne fait que renforcer la plupart du temps l’ignominie des décisions prises.

Sans doute parce que la verticalité ne fonctionne plus et que le temps de la verticalité est terminé. Et ce n'est pas sans amertume et sans rancoeur que les élites le ressentent...

Le temps de l’horizontalité s’ouvre à nous avec, demain peut-être, la révolution de l’intelligence collective…
Mais il se peut qu'elle ait déjà largement commencé ? Sinon, je ne serai pas en train d’écrire et de publier, ce soir,  ce texte sur ce blog ?

L'intelligence collective me semble être un sujet d'étude et de recherche absolument fascinant : je compte bien essayer d'y réfléchir plus avant dans les mois qui viennent...

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15 février 2006

Lettre ouverte aux universitaires

« L’époque est terriblement pauvre culturellement », se lamente le petit clan des universitaires désabusés.

Mais alors, comment expliquer ce paradoxe ?

Jamais, à aucune autre époque que ce soit, sous n’importe quelle autre latitude, jamais autant de jeunes n’ont passé autant de temps à l’université.
Dès lors, comment expliquez-vous, messieurs les universitaires, un tel gaspillage ?
Ces jeunes-là seraient-ils plus bêtes que leurs aînés ? Seraient-ils affublés de quelque tare génétique ? Auraient-ils été victimes de méthodes d’enseignement particulièrement désastreuses avant d’entrer à l’université ?
Je sais bien que cette dernière réponse vous brûle les lèvres mais sachez que c’est une constante depuis que le système éducatif existe :
Si les élèves sont nuls à l’université, c’est que les profs du lycée ont été en dessous de tout.
S’ils sont nuls au lycée, c’est parce que les profs du collège étaient minables.
S’ils sont nuls au collège, c’est parce que les instituteurs sont des incapables.
S’ils sont nuls à l’école élémentaire, c’est parce que les instits de maternelle sont des cruches.
S’ils sont nuls à l’école maternelle, c’est parce que les parents sont des moins que rien…
Autre constante : les élèves de la génération précédente étaient nettement meilleurs que ceux d’aujourd’hui…

Bon, examinons d’un peu plus près les choses :

Les jeunes d’aujourd’hui passent de nombreuses années à la fac et jamais (d’après vous) une époque n’a été aussi pauvre culturellement. On peut donc logiquement en déduire que vous avez aussi une part de responsabilité.

Vous semblez revenus de tout, vous ne croyez plus en rien. Vous me faites penser à des aristocrates déchus qui, au fond, ont pris conscience depuis fort longtemps que vos privilèges reposent sur des bases assez contestables, de plus en plus fragiles, de plus en plus ténues. Certains d’entre vous ont même réalisé qu’ils étaient obligés de fonctionner dans l’absurdité, de tourner à vide en quelque sorte, pour continuer à donner l’illusion d’exister.
Vous accréditez sans cesse la culture du spécialiste et chacun de vos exposés ne fait qu’accroître chez vos interlocuteurs ou vos étudiants un sentiment d’infériorité, d’inculture. Ainsi la plus anodine de vos formules en dit long : par exemple, « je passe très vite, tout le monde sait cela », alors, qu’en réalité, personne dans l’auditoire ne le savait…

Vous avez un véritable don pour donner le sentiment à vos auditeurs qu’ils sont stupides, qu’ils ne savent rien et qu’ils ne méritent guère d’ailleurs d’en savoir davantage. Bref, qu’ils sont en pleine impuissance, une impuissance constitutive, immanente, et qu’ils ne sont pas dignes de faire partie des héritiers.
On en revient aux aristocrates : on fait partie de la lignée des élus ou non ; c’est simplement une question de naissance.
Et vous arrivez ainsi à maintenir la pureté de la lignée au prix d’une immense hypocrisie. En pratiquant le découragement actif chez vos élèves. Seuls les mieux armés culturellement, les héritiers de la noblesse intellectuelle, de l’aristocratie des élites, seuls ceux-là peuvent résister à votre intense laminage. Les autres renoncent. Ils se convainquent alors que la vraie littérature, ce n’est pas pour eux et ils liront, avec un sentiment de culpabilité accru les seuls romans qu’ils sont capables de comprendre, ceux qui d’après vous ne méritent même pas l’appellation de roman, ceux que vous qualifiez de bluette de plage, de littérature de kiosque, commerciale, de fabrique à best-sellers…
Chaque fois que vous, seigneurs de l’esprit, encenserez un artiste ou un écrivain, faites en sorte, assurez-vous et soyez bien certain que le « populaire » n’y comprendra rien : ainsi vous maintiendrez votre pouvoir en renforçant chez le petit peuple l’idée que tout ça, c’est pas pour lui…
Les gens, ceux qu’ils aiment vraiment, ils n’osent plus l’avouer : ça fait tellement ringard !

Vous ne vous privez d’ailleurs pas de leur dire :
« — Mais aujourd’hui, mon cher, c’est totalement dépassé de déposer des couleurs sur une toile !
— Vous avez envie de peindre ?
— Vous avez envie d’écrire ?  Pourquoi pas si c’est à titre d’ergothérapie ! Tant mieux si cela vous soulage ! Mais surtout, ne prétendez pas apporter votre pierre à l’édifice pictural ou littéraire : cela vous dépasse tellement ! N’essayez pas de jouer dans la cour des grands !
— Vous prétendez faire de la philosophie parce que vous réfléchissez sur des thèmes soi-disant universels alors que ce ne sont, en réalité, que des questions triviales, somme toute assez banales ?
— Mais, mon pauvre ami, si vous avez l’impression de découvrir tant de choses, c’est tout simplement parce que votre inculture est sans limites. Et, soyez certain que ce que vous nous présentez comme de brillantes innovations ne sont, en fait, qu’une accumulation de banalités éculées. »

       Livré à ce genre de discours de l’élite, le populaire du tiers-état n’osera plus jamais prétendre à penser, écrire,  peindre, créer, ou lire intelligemment, ou encore écouter autre chose que des chansonnettes à la mode : il deviendra un pur produit de la société de consommation et il regardera TF1, livrant, consentant, son cerveau disponible à Monsieur Lelay (actuel PDG de la chaîne), à Coca-Cola  et à toutes les agences de pub de la planète.
Le populaire ne s’autorisera plus à penser ou à agir par lui-même.
Il deviendra un spectateur.
Un spectateur de la pensée des autres, de la création des autres, de la vie des autres.
Puis il deviendra un téléspectateur.
Et puis un spectateur de sa propre vie.

Alors, les universitaires lettrés, érudits, les héritiers, les aristocrates pourront continuer à déplorer l’indigence culturelle de notre époque…

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02 février 2006

La liberté d'expression

Oh ! Liberté d'expression ! Où es-tu ?

Nous vivons une triste époque qui te met à mal, qui te bafoue sous toutes les latitudes...

Lisez donc cette hallucinante escalade dont le limogeage de Jacques Lefranc, rédacteur en chef et directeur de la publication de France-Soir, après la divulgation des fameuses caricatures de Mahomet qui avaient provoqué un scandale au Danemark...

Le blasphème est-il interdit en France ?

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01 février 2006

Amour et compromission

La semaine dernière, je voulais participer à l’atelier d’écriture lancé par Coïtus impromptus, mais à la vérité, le départ pour Poitiers jeudi m’a pris de court. Je m’étais bien promis de jeter quelques notes sur le papier, le soir, dans la solitude de ma chambre d’hôtel, mais je n’aurais pu le faire que le premier soir, car, ensuite, j’ai été pris dans un véritable tourbillon d’idées en rapport avec les sujets évoqués dans la journée qui tournaient, vous vous en doutez, autour de la philosophie pour tous et de l’intelligence collective.

Le sujet m’avait particulièrement interpellé :

Comment dire je t’aime sans se compromettre ?

La formulation de la question présuppose qu’il existe un risque non négligeable de se compromettre lorsqu’on dit à quelqu’un qu’on l’aime.
Cela peut être surprenant à première vue.

Quand un être humain dit à un autre être humain : « je t’aime », ma culture chrétienne m’inciterait à penser qu’il ne peut y avoir que du bénéfice pour l’un et pour l’autre.
Alors, pourquoi se compromettre ? C’est un mot à forte connotation négative ! Surtout si l’on songe que dans la même famille, on trouve compromis et surtout compromission !
J’en étais à ce stade de mes réflexions, lorsque, revenant de Poitiers, je tombe sur le billet de Claire D. sur le site de Coïtus Impromptus. Et là, c’est l’illumination…

Bien sûr que dans compromettre, il y a promettre. Et dans le fait de dire "je t'aime", si l'on risque de se compromettre, c'est bien dans cette dimension de promesse qui engage l'avenir qu'il existe un risque effectif et non négligeable de compromission. Ce qui nous gâche littéralement la vie, c'est que nous ne savons plus vivre au présent. Pourtant, lorsqu'on dit "je t'aime", c'est bien le présent que l'on emploie mais on ne sait tellement plus (ou peut-être ne l'a-t-on jamais su ?) vivre au présent que ce présent effectif est transformé dans l'esprit de l'autre en un futur, et pour sortir un peu de la conjugaison, pas un futur simple de l'indicatif, mais un futur solennel : je fais en prononçant cette si courte phrase un serment solennel qui m'engage sur l'avenir, avenir le plus souvent qui se confond avec éternel dans notre conception de l'amour et du prince charmant. Tous les contes qui ont bercé notre enfance se terminent par : "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants", comme si alors la vraie vie s'arrêtait, celle qui mérite en somme s'être vécue, et ensuite peut commencer la mort de l'individu, cette mort qui consacre son accession à une position sociale.
Et là, c’est intéressant de retourner un instant sur le champ sémantique, car l’avenir d’un couple constitué, dans la conception traditionnelle du couple, ce ne peut-être qu’une suite de compromis. L’amour déclaré ne peut continuer à exister que par une succession de compromis et bien souvent, l’accumulation de ces compromis, toujours sources de frustrations,  finit par conduire à une situation mortifère, où l’amour s’éteint immanquablement. Ensuite l’on s’accommode de cette mise en commun d’intérêts ou bien l’on divorce. En ayant peur dorénavant de dire "je t'aime".

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23 janvier 2006

Le mensonge

L’humain et le mensonge sont indissociables.

Que cela nous plaise ou non.

On a beau dire aux enfants : « C’est très vilain de mentir ! », c’est pourtant ce qu’on fait à longueur de journée. Quand je dis « on », c’est pour parler de nous, les êtres humains, hommes ou femmes, jaunes ou blancs, jeunes ou vieux, blacks ou beurs… Sous toutes les latitudes, sous tous les climats.

La plupart du temps, on ment sans même en avoir conscience et si l’on nous le fait remarquer, on s’embarque dans de grandes tirades pour montrer que ce n’est pas vrai…
Moi, mentir ? C’est un outrage que d’oser penser une telle chose…
Allons, allons, nous ne sommes plus des enfants !

Chaque fois que l’on nous accuse de mentir, on se retrouve dans la peau de ce petit garçon ou de cette petite fille à qui sa maman disait : « Hou, le vilain menteur ! La vilaine menteuse ! ». D’ailleurs, pour perdre un ami, pour se brouiller avec un collègue de travail, il n’en faut pas plus, bien souvent, que de lui faire remarquer  que c’est un menteur... Et même pas en général, juste une fois, sur un point bien particulier…

Alors que, pour dire vrai, l’on passe sa vie à mentir : on ment aux autres et on se ment à soi-même, en commençant par se dire qu’on n’est pas un menteur.

Des exemples ? Il n’en manque pas :
A la question « Comment vas-tu ? », combien d’entre nous répondent sincèrement au voisin, au collègue de travail…
A la question «  Tu m’aimes ? » ou « Comment me trouves-tu ? » à notre conjoint…
A la question «  Pensez-vous posséder les qualités requises pour ce travail ? » posée par le recruteur…
A la question « Atteindrez-vous les objectifs fixés lors de la dernière réunion ? » par l’employeur…
Nous ne mentons pas pour le plaisir de mentir, non, enfin pour la plupart des individus… Nous mentons pour ne pas faire de la peine, pour enjoliver la vérité qui est souvent beaucoup moins belle que ce que l’on souhaiterait, pour paraître le personnage que l’on est censé jouer, mais dont le rôle nous semble parfois bien loin de ce qu’on croyait être…
Il faut avoir l’air sûr de soi, inspirer la confiance aux autres à des moments où l’on se sent précisément dans le doute et en position de faiblesse, ou d’ignorance.
Le milieu professionnel est tout particulièrement un monde où il faut savoir pratiquer le mensonge avec beaucoup d’aisance. Celui qui répugne à mentir est handicapé par rapport à celui qui s’arrange avec la vérité sans problème de conscience.
Et que dire du monde de la politique ?
Et de celui de la publicité ?
Ne passe-t-on pas le temps à nous mentir pour nous faire désirer le dernier objet à la mode ?
Et quand vous lisez les journaux, quand vous écoutez la radio, ou la télé, quand on vous dit que Monsieur Machin est coupable et que Monsieur Machin continue à jurer qu’il est innocent ? Quand les employés accusent le patron de vouloir licencier à tout prix et que le patron rétorque qu’il ne lui restait plus aucune solution ? Qui croire ? Quand il y a conflit entre deux parties, deux thèses, il y a bien une des deux parties qui ment, non ? C’est que ça en fait des menteurs, tout ça ! L’actualité ne parle que de cela.

Bref, réfléchissez-y, vous arriverez à la même conclusion : L’humain, contrairement à l’animal, est un menteur né. Le problème, c’est que je suis un humain… Vous n’êtes donc pas obligé de me croire !

Posté par Pierre Decriture à 17:58 - Mots à réfléchir - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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