31 janvier 2008
Rétrospective 2007 (6)
Eté 2007
Le quatre juillet, c’est mon dernier jour au CRDP. Du moins, c’est ce que j’ai décidé : si j’y restais, les vacances, ce ne serait pas avant le quatorze juillet mais comme je me barre… L’année prochaine, retrouvant l’enseignement, je retrouverai également les vacances scolaires et ces comptes d’apothicaire sur les jours de congé restant seront de l’histoire ancienne. Tant mieux ! Je viens de terminer « La maison de Chenevières » et j’en suis plutôt content. Le point final, je l’ai mis à la trois cent cinquantième page… J’ai tenu mon pari ! Je suis heureux. D’autant que je leur réserve une petite surprise, au comité de direction du CRDP, pour mon dernier jour ! je pense qu’après ça, ils n’auront guère envie de me revoir !!! Je pourrais partir en vacances tranquille… J’en ris encore quand je revois les images…
A la fin de la semaine, ma femme déménage et je l’aide, bon prince que je suis. Je ne suis décidément pas rancunier. J’ai trouvé un petit appartement à Rambouillet, un studio de trente mètres carrés, mais je n’en prendrai possession qu’au premier août. De toutes manières, je peux rester dans la maison jusqu’au vingt neuf août, date de la signature définitive chez le notaire. Avant, je compte bien partir en vacances : pas de grand voyage cette année mais un petit tour de France quand même, avec quelques étapes dans les Cévennes, une petite visite à Bernard, l’un de mes anciens collègues du CLDP de Poissy, qui coule une retraite heureuse à Gaillac et une dernière étape dans les Landes, chez Benoît, mon fils aîné, à Biscarosse.

Au retour, j’ai les clés du studio de Rambouillet et c’est le début d’une véritable course contre la montre. Antoine, mon fils, a trouvé lui un logement à Neauphle le Château. Je l'aide dans ses formalités et dans son déménagement. Je dois ensuite penser à moi. Le casse-tête, c’est de faire rentrer tous les meubles que je veux conserver et toutes mes affaires dans trente mètres carrés. Il me faut pour cela réaliser des prouesses d’aménagement ; je construis un lit en mezzanine avec un bureau dessous. Pour le bureau, je vais exhumer de vieilles planches de chêne que j'étais allé chercher à la scierie de Choisel du temps où j'étais directeur de l'éciole de Dampierre et où j'avais organisé une gigantesque fête Far-West... Sur ces planches brutes, genre ranch, , il y avait encore inscrit : saloon, general store, sherif's office... La menuiserie m’occupe une bonne partie de la première moitié du mois d’août.

Après, c’est mon déménagement, et surtout, ensuite, il faut vider la maison de tout ce que tout le monde y a laissé. Les allers et retours à la déchetterie de Maurepas reprennent de plus belle. Je n’ai pas tout à fait terminé, d’ailleurs, le 29, et je vais terminer avec le nouveau propriétaire, les derniers jours du mois les dernières évacuations. Heureusement, les nouveaux propriétaires de la maison sont compréhensifs : c’était vraiment une tâche gigantesque, d’autant qu’il me fallut déblayer aussi pas mal de choses laissées par les propriétaires qui m’avaient précédé… Ce fut décidément une maison hors normes avant, pendant et après… Une maison qu’on ne quitte pas facilement… Avec tout ça, je n’avais pas eu le temps de dire ouf que la rentrée était déjà là. On m’a laissé heureusement la jouissance d’un appentis, ce qui me permet de stocker tout ce qui ne trouve pas place dans le studio et que j’espère bientôt pouvoir recaser quelque part, la yourte, entre autres... J'ai jusqu’à mi-septembre pour trouver une solution…
Et maintenant, il me faut avant tout penser aux jeunes qui me sont confiés…
30 janvier 2008
Il y a quelque chose de terrible en moi...
Il y a quelque chose de terrible en moi,
Cette peur cyclothymique de perdre pied,
L’image d’un pauvre vagabond qui se noie
Sans planche de salut et sans pouvoir crier…
Redoutables sables mouvants de la pensée,
Où mes idées s’enlisent sans trouver de prise,
Où je me vois, impuissant, toujours m’enfoncer,
Dans l’abjecte angoisse que ma conscience aiguise…
Pas une branche à laquelle se raccrocher,
Ni la parole d’un ami, ni un amour,
Rien, désespérément rien qui puisse ébrécher
L’inexorable descente jour après jour…
D’abord la tristesse, puis la mélancolie,
Et arrivent toujours les corbeaux de l’angoisse,
Qui me fouillent de leur bec jusque dans mon lit,
Tandis que mon esprit tous les malheurs ressasse…
Poème écrit pour les Impromptus littéraires...
27 janvier 2008
Rétrospective 2007 (5)
Mai 2007
Les pages s’accumulent à une cadence qui me surprend et je perds du poids régulièrement. Je suis déjà en dessous de 80kg et j’ai déjà une bonne soixantaine de pages à mon actif quand le mois de Mai commence. J’écris au CRDP, je ne fais plus semblant, je ne me cache pas. Ne plus faire semblant… Quel bonheur ! Puisque tout le monde se contrefiche de ce que je fais dans ce placard, autant en profiter à fond ! Pour le pont de l’Ascension, je pars avec la Caravelle vers le Mont Saint Michel et je passe cinq jours magnifiques à retrouver des coins que j’avais adorés il y a bien des années, comme Caroles sur mer, le chemin des douaniers, la cabane Vauban, le bec de l’aigle… J’écris dans les cinq pages par jour sur mon portable dans les cafés. A la fin du mois, on a trouvé des acheteurs pour la maison, envoyés par un voisin. Les choses se précisent, sur le papier comme dans la réalité…

26 janvier 2008
Rétrospective 2007 (4)
Avril 2007
En ce début de printemps, les apéritifs et les repas entre amis s’enchaînent à une cadence effrénée. Je mange trop, je bois trop et tout le temps, et sans répit, sans laisser le temps à mon organisme de récupérer un tant soit peu. Je suis arrivé à 84kg et le 12, bloqué par un lumbago, je décide de mettre un coup d’arrêt à cette vie qui devient n’importe quoi. Par-dessus le marché, pour la deuxième fois en quelques mois, on vient de se brouiller encore, avec ma belle indienne, mon amie que je vois régulièrement depuis un an, depuis que je n’ai plus aucune relation avec ma femme…

J’ai le sentiment de me laisser aller complètement depuis quelques mois sur tous les plans. Mon troisième roman, la maison de Chenevières, est en panne depuis octobre. En même temps que je me mets au régime, je me fixe un plan d’écriture avec un nombre précis de pages par semaine. Il faut absolument que je termine ce roman avant les vacances d’été. Alimentation frugale, plus une goutte d’alcool, trois pages par jour…
25 janvier 2008
Rétrospective 2007 (3)
Mars 2007
Ma présence au CRDP, je la vis beaucoup mieux désormais puisque je sais qu’elle n’est plus que provisoire. Tout ce qui me désespérait, l’hypocrisie, la flagornerie, les basses manœuvres, me fait rire désormais. Dans la maison de Chenevières, j’ai entrepris de grands travaux de rangement dans la perspective de la vente. Plus on a de place, plus on accumule, c’est bien connu. Et là, le domaine est tellement immense ! 2300 m2 de terrain, des dépendances partout, pleines à ras bord… Qu’importe, je me sens plein de courage : le principe de réalité a fait son œuvre ; je sais que, maintenant, la vente est inéluctable et qu’il ne sert à rien de se laisser aller à la nostalgie. Plus vite ce sera fait, au fond, mieux cela vaudra. J’ai démonté les sièges de la Caravelle et je fais d’interminables allers-retours entre la maison et la déchetterie, remplissant allègrement les grandes bennes vertes. Curieusement, la cohabitation avec ma femme est moins difficile à cette période ; depuis que le divorce est inéluctable, on arrive de nouveau à se parler comme des adultes raisonnables. La maison est en vente mais les visites tardent à venir…

24 janvier 2008
Rétrospective 2007 (2)
Février 2007
Un mois particulièrement important : d’abord, je retrouve espoir avec le frémissement de la lumière renaissante que l’on commence à ressentir à cette époque. Et puis, je prends des contacts pour quitter le CRDP, retrouver un poste d’enseignement… Après avoir été directeur d’école primaire pendant quatorze ans, je n’ai aucune envie de revenir sur ce terrain-là. Par contre, je songe à l’enfance en difficulté, aux ados qui n’en peuvent plus de l’école traditionnelle, à tous ceux qui ont connu des années de galère et d’échecs successifs, à tous ceux qui ont été méprisés et rejetés par un système impitoyable. Je visite plusieurs structures… C’est comme ça que je fais la connaissance de l’école Le Nôtre, un centre de formation professionnelle qui accueille des ados entre quatorze et vingt ans. Le premier contact me plonge dans les affres du doute et de l’incertitude mais le second, celui où je rencontre les jeunes, me convainc totalement ! Si je veux quitter le CRDP, il faut que je fasse ma demande mi-février… Et c’est aussi en ce milieu de mois, le 15 exactement, que l’on a la tentative de conciliation au tribunal de grande instance de Versailles avec le juge qui nous voit séparément, d’abord, ma femme et moi, et puis ensemble… Une triste pantalonnade, avec des avocats qui se livrent à un numéro pitoyable et un couple qui se quitte en ennemis…
23 janvier 2008
La fragrance des mots
Jean-Yves Mironval avait appris le métier de la parfumerie sur les hauteurs de Grasse. Il avait créé une petite maison honnête qui expédiait maintenant sa production aux quatre coins de France. Mais, depuis qu’il avait lu « Le parfum », de Patrick Suskind, depuis qu’il s’était passionné pour la quête de Jean-Baptiste Grenouille, maître parfumeur du dix-septième siècle et meurtrier en série avant la lettre, les fleurs de Grasse ne l’intéressaient plus guère. Non, ce que Jean-Yves Mironval voulait créer, à la suite de Grenouille qui avait élaboré le parfum de l’Amour, c’était la fragrance de la Liberté. S’il réussissait, il ne s’interdisait pas de penser à celle du bonheur.
Tout d’abord, il lut beaucoup, énormément, des tas de traités sur la liberté, écrits par des philosophes pour la plupart… Mais cela ne le mena à rien. Que faire entrer dans la composition pour que, lorsqu’on débouche le flacon, nous parviennent des effluves de liberté, cette griserie de la sensation unique que l’on éprouve à certaines occasions ? Il pensait à de grands espaces, à d’immenses champs de neige vierge, aux odeurs de l’océan ou encore à des forêts immenses de palétuviers ou de mélèzes, avec un peu de vanille pour la note de tête, un peu de santal pour la note de coeur. Il procéda à de multiples distillations, réalisa quantité d’enfleurages, à chaud ou à froid…Mais dès qu’un soir de fièvre il était parvenu à une composition, lorsqu’il y revenait après quelques heures de sommeil, il était irrémédiablement déçu. Plus il cherchait, plus il s’enfermait dans ses contradictions. Jasmin, fleur d’oranger, frangipanier, il mélangeait, ajoutait, mariait mais ses recherches ne le menaient nulle part. A force de traquer la fragrance de la liberté, sa vie était devenue une prison. Un soir, il comprit l’absurdité de sa quête et décida de tout vendre, la parfumerie, l’atelier et sa maison. On dit qu’il partit sur les chemins, loin de Grasse, loin de France, loin de l’Europe, dans des contrées où la liberté est encore autre chose qu’un mot…
Texte écrit pour les Impromptus littéraires...
22 janvier 2008
Rétrospective 2007
Il est d’usage, au seuil de la nouvelle année, de se livrer à une rétrospective de l’année écoulée et, en ce début de 2008, j’ai envie de sacrifier à la tradition...
Janvier 2007
Après des fêtes de fin d’année bien tristes, je suis au CRDP de l’Académie de Versailles, dans ce bureau qu’on se partage à cinq, immergé dans cette zone industrielle de Buc grise et laide, englué dans cette ambiance sinistre où « Faire semblant » est plus important que tout, où chacun joue la petite comédie du cadre débordé et s’efforce comme il peut de donner le change au terrible ennui qui nous grignote tous chaque jour. Dans l’espoir de trouver une issue, espoir insensé du rat dans le labyrinthe, j’ai entrepris de rédiger un « rapport d’inactivité », le pendant en quelque sorte du rapport d’activité que je devais rendre chaque année au précédent directeur régional… Car j’avais bien compris, au premier trimestre, que ce bureau était un placard et que je n’avais aucun avenir au CRDP, comme d’ailleurs la plupart des employés qui hantaient les longs couloirs comme des spectres…
Mais, pour moi, c’était pire, parce que j’avais été directeur pendant sept ans du CLDP78, une antenne yvelinoise du CRDP à Poissy, et que, du jour au lendemain, ce centre avait été fermé. La première intention du directeur régional avait été de me virer purement et simplement, mais devant le tollé général provoqué au niveau de mon équipe, il avait fait machine arrière et m’avait fait alors miroiter de nouvelles missions à assurer au centre régional… Miroir aux alouettes, un simple leurre pour pouvoir fermer tranquillement le CLDP78 sans trop de protestations, sans trop de vagues… Pas de vagues, surtout pas de vagues, le Credo du CRDP et de l’Education Nationale en général…
Tout cela, en janvier 2007, je venais d’en prendre pleinement conscience et ça fait mal, surtout lorsqu’on mesure toute l’étendue d’une telle hypocrisie et d’un tel cynisme réunis. Un mois bien triste et, tout en comprenant que je ne pourrais pas survivre un an de plus dans cet endroit déshumanisé, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire pour me tirer de là… Pour assurer ma survie, tout simplement…
18 janvier 2008
Une année en 8 (suite)
1978, la troisième, j’abandonnai mes études de médecine, que je n’avais d’ailleurs jamais vraiment commencées, et, au mois de mai, je partis au Maroc avec un vieux Ford transit que nous avions retapé avec un copain. Après quelques déboires dus sans soute à l’inexpérience de mes vingt ans, le grand voyage fut écourté. De retour en France, début août, le premier août exactement, je fis la connaissance de celle qui allait devenir ma femme… Un couple qui allait durer presque trente ans… Dès le mois de septembre 78, nous avions commencé à vivre ensemble…
1988, la quatrième, j’avais déjà trois enfants, j’étais déjà directeur d’école et j’obtins la direction de l’école de Dampierre. En mai, je dus subir une opération assez sérieuse, une greffe osseuse. Ce fut le début d’une période très difficile…
1998, la cinquième, en quelque sorte le point d’orgue de cette période largement marquée par les épreuves : le mois de mai de cette année-là compta parmi les plus noirs qu’il me fût jamais donné de vivre. En quelque sorte, j’avais atteint le fond : il ne me restait plus qu’à remonter…
2008, la sixième, verra le prononcé définitif du divorce. La maison commune est vendue depuis le mois d’août (voir la maison de Chenevières) mais c’est au mois de mai que les nouveaux acquéreurs se présentèrent… Je vis seul aujourd’hui. Malgré le fait indéniable que j’aime la solitude, cette solitude parfois me pèse… Que va-t-il se passer en mai ?
17 janvier 2008
Une année en 8
2008, une année en 8…
Depuis le premier janvier, ça me trotte dans la tête… Les années en 8 ont eu, lorsque j’y songe d’un peu plus près, beaucoup d’importance dans ma vie. J’en ai connu six depuis que je suis sur cette terre !
1958, la première, je n’en ai guère de souvenirs et pourtant, année Ô combien importante ! Cette année 1958 me vit naître et, six mois après, emporta mon père, laissant toujours en moi ce regret que je n’eus que trop peu de temps pour le connaître et la peur de la malédiction, de la répétition du désespoir (Voir l’année de mes quatorze ans)…
1968, la seconde, avec les fameux évènements du mois de Mai qui ne marquèrent guère mes dix ans de l’époque. Je me souviens pourtant de certaines images en noir et blanc que je voyais sur notre première télévision familiale, images agitées d’une lointaine capitale, pour moi qui vivais alors en Ardèche. En mai, je passais toutes les journées à la rivière, à pêcher et à construire des cabanes, l’école ayant fermé, même en Ardèche… J’aimais cette vie mais elle allait bientôt être terriblement chamboulée : ma mère, qui venait de réussir un concours de l’éducation nationale, fut nommée dans la région parisienne, à Massy, dans le grand ensemble ; je voyais des immeubles pour la première fois de ma vie et je n’ai pas du tout aimé, mais, alors, pas du tout… Ce fut un grand traumatisme dans ma vie de gamin…
( à suivre )










